Panique chez les poétassineux

Dans le film 'Clara et moi'.

« Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d'hommes et
de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les
oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s'ouvrant le
matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à
des rencontres inattendues, à des départs que l'on voyait longtemps
approcher, à des jours d'enfance dont le mystère ne s'est pas encore
éclairci, à ses parents qu'il fallait qu'on froissât lorsqu'il vous
apportaient une joie et qu'on ne la comprenait pas (c'était une joie faite
pour un autre), à des maladies d'enfance qui commençaient si singulièrement,
par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des
chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer
elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et
volaient avec toutes les étoiles, - et il ne suffit même pas de savoir
penser à tout cela.
Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d'amour, dont aucune ne
ressemblait à l'autre, de cris de femme hurlant en mal d'enfant, et de
légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut
encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans
la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.
Et il ne suffit même pas d'avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier
quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d'attendre qu'ils
reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela.
Ce n'est que lorsqu'ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu'ils n'ont
plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n'est qu'alors qu'il peut
arriver qu'en une heure très rare, du milieu d'eux se lève le premier mot d'un
vers. »
(Rilke, dans 'Les cahiers de Malte Laurids Brigge')


Voici la protéine PP1, la gomme du cerveau, la protéine superfétatoirophobe.

Panique chez les poétassineux

# Online seit Mittwoch, 19. September, 2007 um 21:51

Geändert am Donnerstag, 20. September, 2007 um 00:13

Mon nouveau doudou !

J'ai compressé en .3gp le film "Archimède le Clochard", 150 Mo environ dans ce format, et je peux le visionner sur mon téléphone ! dans le bus ! La qualité est excellente.
Mon nouveau doudou !
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# Online seit Donnerstag, 13. September, 2007 um 09:13

Geändert am Donnerstag, 13. September, 2007 um 10:05

Aux perruches textoïsées des volières internet

"L'appauvrissement du vocabulaire a une conséquence sur l'expression
des idées. Elles vont manquer de nuance. Il y a des choses qui ne seront pas
exprimées et d'autres le seront à tout instant. Le langage est le cordon
ombilical de l'idée, qui a besoin de se nourrir. Si le langage rétrécit, la
pensée s'asphyxie."
(bruno.doussau, fr.rec.arts.litterature, 26 janvier 2000)
Aux perruches textoïsées des volières internet

# Online seit Dienstag, 04. September, 2007 um 21:25

Geändert am Mittwoch, 05. September, 2007 um 01:50

Dans ma rue

Dans ma rue

# Online seit Montag, 03. September, 2007 um 15:51

Visitation poétique

Voici un fragment du texte de Léon-Paul Fargue (1876-1947), Visitation préhistorique, extrait de son ouvrage « Haute solitude », publié en 1941 par les Editions Emile-Paul. Ce texte est lu par François Périer sur le disque Mille et un Poèmes/ Poèmes français du XX siècle/ Poèmes et Planètes, produit par France Culture/Radio France, 1998. L'extrait de ce texte est très long, François ne mettant pas moins de dix huit minutes pour le dire. Il est colossal, il est indiqué pour bercer son enfant.

Ecouter & lire : http://download.yousendit.com/BB0B21F05E34E1D9

« ... Dans l'immense toupie nébuleuse, d'où la Trimourti sortira sa grosse tête de Cerbère aimable au centre d'un vaste coquemar cerclé de lumière et d'ombre, le plasma cosmique se condense pour sécréter cette sueur noire : les Hommes.
Les hommes emportés d'étage en étage par la cataracte des périodes vers la Mort, depuis la première aventure des Mondes !
... Le soleil quitta la pellicule scorieuse à la vitesse d'un bouchon de champagne. Puis, les totons tournèrent moins fort. Les pierres au coeur chaud revêtirent l'uniforme. Les poings de ténèbres se détendirent, las de brasser l'or et le bitume. La musique des sphères leva sa main blanche. Les grands premiers rôles d'un opéra gélatineux se groupèrent sur une scène tournante de quarante mille kilomètres de circonférence équatoriale, l'atmosphère, la lithosphère, le Goulfe, le Moropiate, le cap Horn, qui a des grâces de pucrasie, les blocs calcaires à tête de ptychozoon-parachute, les bournonins au froc lourd, les éléphants granitiques courbés et noirs comme des Bretons à l'enterrement...
A l'appel d'une voie insensée et pure, la vapeur retint sa fusée terrible. Les fantômes s'assemblèrent, les figures écoutèrent, et, sur un ordre argentin, les soleils qui jouaient aux grâces avec la Mort gagnèrent d'un bond radieux leur ordre de bataille le long des courbes célestes. Malaxés, laminés, rejetés, résorbés, revomis par une foule bondissante de canons-nuages et d'averses-mitrailleuses, le silicium, le sodium, le manganèse, les poussières, le radium, les boues s'imbriquèrent dans le puzzle.
Dans l'ombre où s'espaçaient les voix, l'on entendit sourdement éclore, l'un après l'autre, les archipels. La Terre entrouvrit sa grenade ignivome. Les volcans saignèrent dans l'eau crissante. Le feldspath se mit à la recherche de son Massif. Les porphyres s'abattirent comme des simouns, choisissant le rouge pour le monde latin, le bleu pour la vallée du Nil. Coupés en tranche, comme des ananas, les basaltes proposèrent des modèles d'amphithéâtres et de cathédrales. Et de toutes parts tonnèrent les marteaux-pilons de l'invisible chantier des dieux.
Puis, quand la douceur se fut insinuée peu à peu dans la bagarre, comme une femme fait entendre une raison spécieuse, quand la pâte feuilletée des argiles fut cuite, quand les ardoises des Ardennes et le sable du Kalahari eurent reçu leurs brevets d'invention spontanée, quand les cervelles de poudingue se furent enroulées comme des colliers dans un torrent, les mers siluriennes cessèrent de valser, s'étendirent, et commencèrent leur sombre grossesse.
Un énorme soleil minium tremblotait dans un ciel de plomb. Des incendies coulèrent. Des lianes de feu liquide fouettèrent la pâte du nouveau-né. Des lavasses de sabbat ruisselèrent sur la jeune peau du monde, provoquant des explosions de talc et des geysers de sueurs, cherchant les moindres poches, les dés, les pores, les replis, les trous de serrure des grottes, les dents creuses des carrières, dégoulinant sur les vallonnements vernis, s'accumulant tonne par tonne, larme par larme, dans les rides d'une face hurlante de chaleur, bondissant sur les spasmes du globe ivre d'abcès, couvert de lèpres chimiques, gonflé de montagnes de pus noir.
Il plut à trois cent soixante degrés sur des roches sentimentales, dont la douleur peut se mesurer, de nos piètres jours, aux convulsions de homards à l'américaine et de truites au bleu qu'elles ont gardées de cette cuisson tournafolbesque et filpitorve.
Des museaux de rocs affleuraient. Les premiers songes de la Terre bruissaient. Des lampes muqueuses s'allumèrent et commencèrent leurs voyages. Les premiers dessins animés coururent sur des échelles d'eau de pluie qui paraient la boule de feu d'une chevelure de cristal. Des remous de bouillon jetèrent sur les premières côtes des beefsteaks de polypes, et des pâtisseries de marne sur les collines sans vertèbres. Au fond des mers, se déposait le gruau d'orge des coquillages. Des festivals de craie s'organisaient. Et déjà des concerts de coraux célébraient l'anniversaire du soleil, le tricentenaire du plasma, les jubilés du vent, du vacarme et de la couleur.
Des vagins de poix, de tourbe et de houille s'entrouvrirent. Des aérolithes attardés s'aplatissaient parfois en bouses sur les plateaux neufs. Des têtes de Père Noël apparaissaient aux fenêtres des bibliothèques du calcaire jurassien. Des ptérichtys pointèrent dans les bas-fonds de gélatine. Les terrains et les forêts sortaient comme des démodex. Des jouets poilus et barbares s'entassaient à la devanture des escarpements. La première neige tomba. Et la première neige disparut, sucrant les lacs, emplissant de liqueurs les rivières qui se mettaient en mouvement. Des joailliers invisibles s'attaquèrent aux chaînes, taillèrent les aiguilles, disposèrent les guirlandes du détroit de Gibraltar, imposèrent au monde l'Himalaya, polirent à l'os les architectures tabulaires du Brésil. Les formes de la vie, massées par rang de taille comme des troupes dans un meeting, attendaient le signal.

Alors, un crapaud géant sonna du cor dans le crépuscule des marécages. Le ciment était dur. Des lustres d'étoiles annoncèrent que la Terre était prête. Le bouclier canadien monta comme une piste surélevée. Les monts Alleghanys prirent la tête du défilé. L'Écosse parut. Les artilleries et les tréfileries des grands fonds mettaient en fabrication les premiers anneaux du règne animal. Les premiers yeux, les premières joues du monde commencèrent à vivre dans l'arrière-bouche des mers : paradoxydes pareils à des ventres de pianos, à des harnois de joute, armoiries des caves de corail, vers-artichauts, arthropodes et brachiopodes des premiers jours, qui étonnèrent les génies de l'eau par leur dignité de tourelles de cuirassés, leur bonhomie d'harmonicas, leurs pattes-mâchoires et leurs pattes-poumons. Des milliards d'enfants-vers, de mioches-asidaspis, de descendants-cloportes tourbillonnèrent dans les ferronneries sous-marines : hérissons-machines à écrire, radiateurs, insectes-siphons, sangsues-vaporisateurs, boulons à moustaches, crabes-tire-bouchons, cils sans yeux, métazoaires énormes et minuscules, abdomens en forme de tours, crustacés-pyramides, homards-locomotives, trempaient dans un jus créateur et se reproduisaient sans pagailles. Ainsi les mers se peuplaient d'une fabuleuse vermine, car les eaux parfaisaient les fruits de la chaleur...
De la terre qui séchait comme un immeuble enduit de sperme, de longues fumées montèrent à perte de vue, groupées en geysers d'étoiles vertes. Les sigillaires haussaient leurs strobiles de poils. Et des arbres prodigieux cloisonnaient le ciel dans leurs serres, comme dans une verrière enivrée de lumière et de silence. Les grands sauriens où s'imbriquaient des émaux crasseux, sautant comme des marsupiaux battus par l'orage, avec deux mille dents et des pieds d'oiseaux, se battirent dans les grottes sonores en ouvrant d'immenses bouches déplaisantes. L'arsinothérium, qui trimballait un obélisque entre les yeux, pataugeait dans la purée de prêles d'un pays gras qui pouvait être Alexandrie, Sucre, Edimbourg ou Marennes. Des végétaux trop minces et mal vissés se brisaient comme des cathédrales de vaisselle. Dans la barbe des jeunes montagnes indigo, citron ou lie de vin, des concombres compliqués et des champignons à oreilles s'ébattaient dans une mousse qui possédait la vertu de se rouler en spirale et de donner naissance à des chenilles d'émeraude.
Longs comme des balustrades et gracieux comme des viaducs, des insectes assoiffés se détachaient soudain d'une escadrille, atterrissaient, vidaient un étang d'un seul trait et s'envolaient dans un bruit de cirque ambulant. Des punaises à sonnettes pissaient de l'encre sur les algues. Le moindre vent faisait fuir des attroupements d'arbres dont les débris s'éparpillaient comme un pollen sur des villes de polypodes et des forteresses de lichen. Les torrents travaillaient aux houilles futures.
Une lune parfumée créait des fantômes d'eau douce, faisait courir des apparitions végétales, et présageait des spectres de girafes, des esprits d'armoire à glace, dans ce décor qui me donne envie de pleurer, qui me travaille de regret, dans ce décor sans âme ni dieu, dans cette forêt carbonifère ou jurassique, paradis perdu des monstres...
Vint l'heure de la première révolution : celle de l'exubérance. Un printemps inaugural vit croître sur le globe immobile des arbres d'or et des asperges aux tiares transparentes. Autour de la soudaine Téthys se reflétaient des montagnes de dentelle. Des casinos de madrépores et des caravanes de conifères s'établirent. Déjà, les ammonites songeaient aux chapiteaux, aux escaliers, aux arènes. Des reptiles mangeurs de peupliers et de viornes s'arrêtèrent devant les fleurs. Des dragons à arcades promenaient le train blindé de leur queue sur des plages de nicotine et déposaient des crottes barbelées d'où s'envolaient des hippocampes souples comme des ténias et des têtards à turbines. Des marabouts-chevaux galopaient entre les jambes du Brontosaure...
Des guerres d'insectes éclatèrent à de hautes distances. L'Ichtyosaure et le Plésiosaure dormaient comme de vieux canons le long des rivières huileuses de polybies. L'ombre du Diplodocus faisait la nuit sur des continents de fourmilières, affolait les standards du monde termite. Le Dinocéras et le Machaerodus rêvaient Musées, Gobelins, halls vitrés de gares. Des poissons télescopes et des phyllimorphes à hélices se rencontraient brusquement comme deux rapides, se nouaient, s'arrosaient de plomb fondu, de sang vert, et crevaient après une semaine de combat dans un fracas d'oeufs explosifs. De leurs cendres puantes naissaient un monstre neuf, brillant comme une armure, qui nageait dans l'air et s'évaporait avec un art de feu follet.
Les Ptérodactyles, oiseaux du lac Stymphale et vampires du Kansas, plantés sur les rocs comme des haches molles ou fendant le ciel d'un geste croche, frappaient l'air des coups secs de leur bec de fer. Le Goulaphon carnassier courait pataudement dans les forêts solitaires. L'iguanodon l'attendait sans rire, au fond de quelque carrefour, dressé sur la lumière verte, espérant le découdre avec son terrible pouce de corne. Des bêtes étranges, couvertes d'une racaille populeuse, écorçaient les arbres en y grattant leur dos hérissé d'alfanges. Et le grand Serpent de Mer venait déjà promener son interminable mélancolie dans le tiède bassin de la Seine.
Tout était gazouillements d'oiseaux laids, souffles de rhinocéros plantés de clous, sifflements de pierres immobiles, chauffées à blanc par le soleil tertiaire, et qui, tout à coup, se mettaient à galoper, fausses tortues qui feignaient d'être routes, crocodiles plats, couleur de trench-coat, qui faisaient au zèbre bleu la blague d'être trottoirs. Parfois, un glapissement rauque fusait vers le ciel, annonçant quelque assassinat d'autruche ou de scarabée dans la brousse de linoléum, ou l'arrivée sur des galets de quelque poisson à casquette d'où sortaient des roues dès que l'eau lui manquait. Et pourtant, rien n'était plus près du silence que ces clameurs du monde jeune où le cauchemar existait à l'état pur !

Mais dans ce monde de rhododendrons à cinq pattes, d'oiseaux lourds ornés de fils télégraphiques et surmontés de palettes d'yeux, dans le sillage des pachydermes fumants qui se déplaçaient lentement comme des églises, le long des forêts d'iode et de chasse-neige où les squelettes pendaient comme des fruits, parmi les araignées géantes, bossuées de cornes, pesantes de mamelles, dans le calme de la première rosée blonde, des premières vapeurs, des premiers typhons, peureux comme une gazelle, maladroit, inoffensif et lâche, un Monstre bizarre se manifestait parfois, une sorte de machine plutôt qu'un animal, presque une construction, quelque chose de singulièrement développé et de singulièrement stupide, un mélange solennel de bête fine et d'oiseau podagre, une plante réussie, parfaitement vulnérable et parfaitement désirable, un ennemi de tout, pousseur de cris, chercheur de querelles, incapable de vitesse, de précision, de patience, de flair, ignorant des vents, mourant jeune, forme enrhumée, bigle, industrieuse et mélancolique : l'Homme.
... Et puis le ciel devint plus doux. Les pâturages bleuirent. Le mastodonte apparut lentement le long des mamelons, comme un immense vaisseau de cuir, secouant dans le soleil ses oreilles toutes sonores de parasites. Des potassons, des dépotames et des dilépothèses sortiront des fleuves en ouvrant des mâchoires d'orgue. L'hipparion bondit sur un pré, boulu comme un cheval antique, et les singes commencèrent à se dévider le long des arbres. Rendu rêveur par les panthères, par le zébu triste comme un vieux ministre oublié, par les arbres à goupules, par les pictoles juteuses, l'homme entrevoyait parfois le chien, le chat, le pissenlit, le ver à soie, le machaon, le carabe et le pigeon voyageur...
Et j'étais averti par mes sens d'enfant, tâtonnant à travers la nuit des époques, et je pressentais que la main des dieux modelait sournoisement quelque tremblante merveille au milieu des fanons et des grimaces, et ferait sortir quelque jour, pour mes plaisirs, d'une vague vermeille, pure comme une amande qui sort de sa cosse, sous le dais d'une aurore qui ferait du Monde une chambre d'amour, et comme une chose si parfaite qu'elle ferait pleurer nerveusement ou vous donnerait envie de l'avilir et de l'adorer, oh ! la battre et l'embrasser, Vénus Anadyomène... »

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# Online seit Sonntag, 02. September, 2007 um 22:02

Geändert am Sonntag, 02. September, 2007 um 22:33